Eileen Gray (1878-1976)

Architecte et décoratrice, Eileen Gray peut être présentée comme une ensemblière. Un terme en vogue dans les années 1920 qui caractérise cette volonté d’un art total où l’architecture et les arts décoratifs, dans une harmonie complète, forment un tout.

Née en Irlande, formée à la peinture à la Slade School of Fine Art de Londres puis l’Académie Colarossi à Paris, Eileen Gray découvre rapidement l’art du laque. En 1906, elle rencontre l’artiste japonais Seizo Sugawara avec qui elle collabore pendant plus de vingt ans. À ses côtés, elle se perfectionne à cette technique extrême-orientale et met au point un bleu original. Elle crée, à ces débuts, des paravents vites remarqués par le couturier Jacques Doucet qui devient son principal client. Avec son ami Evelyn Wyld, elle ouvre bientôt à Paris un atelier de tissage. Très tôt, elle a fait le pari des arts appliqués.

Il est parfois difficile de la classer parmi ses contemporains. Si elle est d’abord marquée par l’esprit précieux de l’Art Déco, dont elle s’empare avec le mobilier en laque, elle se tourne, au milieu des années 1920, vers une esthétique plus géométrique marquée par l’emploi des nouveaux matériaux. Ses idées rejoignent alors celles du groupe De Stijl.

Dans l’entre-deux-guerres, elle crée sa propre galerie au nom énigmatique Jean Désert où elle vend l’ensemble de sa création : paravents, meubles, tapis, tentures, lampes, divans, glaces. La table ajustable, crée en 1925, est peut-être sa pièce la plus célèbre (avec le fauteuil Bibendum). La structure de cette table d’appoint repose sur des formes simples : des tubes servent de support à un plateau en verre. La pièce est ajustable en hauteur et son pied, peu encombrant, permet de l’associer facilement à d’autres meubles. La table est le reflet de préoccupations nouvelles, d’une volonté de produire du mobilier modulable et multifonctionnel. Cette pièce de mobilier a été imaginée pour la villa E 1027.

E 1027 : voilà une autre énigme ! On s’accorde souvent sur le mystère qui entoure l’œuvre et la vie d’Eileen Gray. Il faut décoder ainsi : E pour Eileen, 10 pour J (dixième lettre de l’alphabet et initiale de Jean), 2 pour le B de Badovici, et 7 pour le G de Gray. Avec son compagnon l’architecte roumain Jean Badovici, elle imagine une villa de vacances à Roquebrune-Cap-Martin. Entre 1926 et 1929, elle prend du même coup en charge l’architecture et le mobilier. Elle est ensuite son propre commanditaire pour la villa Tempe a Pailla (« le temps de bailler ») où elle associe plus étroitement encore architecture et mobilier tant pour l’aménagement intérieur qu’extérieur.

Les titres des objets sont toujours parlants : meuble à pantalons, coiffeuse-paravent, table roulante, siège-escabeau-porte-serviettes…

M.F

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