Niki de Saint Phalle (1930-2002)

Artiste complète, peintre, sculptrice, réalisatrice, Niki de Saint Phalle que l’on connaît surtout pour ses Nanas et Tirs (performances), crée aussi des bijoux. Membre des Nouveaux Réalistes avec César, Christo ou Yves Klein c’est une instinctive qui ne reçoit aucune formation académique.

Agnès Fal de Saint Phalle est descendante d‘une lignée de Croisés par son père, banquier français installé à New York, et Américaine par sa mère, issue d’une famille fortunée de planteurs du Sud.

Après des débuts dans le mannequinat aux États-Unis et à la suite d’une hospitalisation en 1953, elle réalise ses premières peintures et assemblages. Dans son œuvre impressionnante (3500 pièces), la femme demeure un thème fondamental. Violée par son père à 11 ans, des traces de l’inceste sont présentes dans tout son travail, selon Camille Morineau : « L’inceste a nourri un imaginaire extraordinairement fertile. […] Dans sa vie elle a choisi, plutôt que celui de victime, le rôle d’héroïne. »(1).

Depuis la série des Mariées jusqu’aux formes joyeuses de ses Nanas, elle ne cesse de questionner le rôle de la femme et se fait l’écho des revendications sociales de son époque. Cependant, elle ne souhaite pas rejoindre le Mouvement de Libération des Femmes (M.L.F.) dans les années 1960 considérant qu’elle a « toujours été féministe, naturellement »(2).

C’est à l’été 1964 qu’elle réalise une énorme statue de femme très colorée, debout sur des talons : la première d’une longue série de Nanas, créatures joyeuses et opulentes, d’abord sculptures sur treillis métallique tendu de tissus, puis façonnées en résine de polyester. Toujours en suspension, elles dansent sans fin, dans une célébration de la vie décomplexée.

Débordantes de joie de vivre, ces Nanas sont, selon Niki, « plus grandes que les hommes pour pouvoir leur tenir tête ». Elles se répandent en occident, semant le scandale dans les espaces publics, ornées de décors circulaires aux couleurs éclatantes qui soulignent leurs formes généreuses. Rapidement, apparaissent les Nanas noires, qui doublent le thème féministe d’un message contre la ségrégation raciale. Puis, elle les décline en Nanas-bijoux et en Nanas-ballons, sculptures gonflables en plastique largement commercialisées, pied de nez de Niki aux codes du marché de l’art.

À partir de 1971, qui coïncide aussi avec son mariage avec Jean Tinguely, elle débute la création de pièces de bijouterie. Pendant vingt ans, elle travaille avec Giancarlo Montebello, designer et orfèvre italien, à la création de séries limitées. Broches en forme de serpent tortillé, nanas à porter sur l’épaule, cœurs, soleils, fleurs, mains comme des porte-bonheurs. L’univers dessiné et sculpté de Niki de Saint Phalle est réinventé dans ses parures.

Véritable héroïne à la créativité un peu délirante, elle avait compris que l’on pouvait toucher à tout, et hisse le Nana Power au sommet de l’art.

M.F & M.H

(1) Morineau Camille, “Rosebud” ou écran ? L’inceste et l’œuvre de Niki de Saint Phalle, Sociétés et représentations, Édition de la Sorbonne, 2016, no 42, p. 87-96, disponible en ligne.

(2) Citation extraite d’un entretien radiophonique pour l’émission A voix nue de France Culture du 30 mai 2002.

Partager :